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Les éditions Heugel

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Quel est le point commun entre l’Orphée aux enfers d’Offenbach, Lakmé de Delibes, Werther de Massenet et Un Bal masqué de Verdi ? Tous ces chefs d’œuvre ont fait partie du catalogue de l’une des maisons qui a marqué l’histoire de l’édition musicale en France aux XIXe et XXe siècles : Heugel.

Jacques-Léopold Heugel (1815-1883) n’avait pas prévu sans doute que la petite société de commerce de musique et d’instruments qu’il fonda en 1839 avec Antoine Meissonnier, comme lui professeur de musique, allait devenir avec le temps l’un des éditeurs les plus prestigieux de Paris. Dès 1842, elle prend ses quartiers rue Vivienne à l’adresse du journal « Le Ménestrel » que Heugel et Meissonnier ont acheté. Mais si le journalisme le passionne, Heugel ne néglige pas ses affaires comme éditeur de musique : ami de Rossini et d’Ambroise Thomas, il publie des collections pour les pianistes en herbe et de nombreux albums de romances et de danses illustrés, entre autres, par Daumier et Doré.

Mais ce sera son fils, Henri Heugel (1844-1916) qui va développer les affaires. Il s’empare surtout de fonds qu’enrichissent son propre catalogue et lui apportent des titres vendeurs : grâce au rachat du fonds Gérard (Orphée aux enfers d’Offenbach), celui des frères Escudier (le Barbier de Séville de Rossini et un Bal masqué de Verdi), des éditions Tellier (Louise de Charpentier) ou la maison Louis Gregh (Coppelia de Delibes), Heugel devient un géant de l’édition lyrique. Ce ne sera pas tout : en rachetant le fonds Hartmann, Henri Heugel met aussi la main sur les œuvres de Gabriel Fauré, Jules Massenet, Édouard Lalo…

Comme les Éditions Alphonse Leduc, Heugel restera aussi une affaire de famille. Paul-Émile Chevalier (1861-1931), neveu d’Henri, gère la société pendant plusieurs années avant que Jacques Heugel (1890-1979) ne prenne les commandes. Chez Heugel, il souffle alors un air de modernité et Georges Auric, Reynaldo Hahn, Francis Poulenc, Franz Schmitt, Jacques Ibert, Darius Milhaud ou André Jolivet viennent enrichir le catalogue. À partir de 1948 les fils de Jacques Heugel, François (directeur commercial) et Philippe Heugel (directeur artistique) forment un binôme à la tête de la maison, poursuivant les publications des œuvres de Georges Auric et de Germaine Tailleferre auxquels viendront s’ajouter plus tard Pierre Boulez, Betsy Jolas, Henri Dutilleux ou Gilbert Amy.
Ce pari sur l’avenir n’empêche pas la création en 1967 d’une collection de musique ancienne, « Le Pupitre », dirigée par François Lesure, qui a fait référence dans ce domaine, notamment avec l’édition en douze volumes par les soins du claveciniste Kenneth Gilbert des 555 sonates pour clavier de Domenico Scarlatti. Aujourd’hui, cette histoire continue de vivre : fruit d’une longue collaboration entre les deux maisons, les Éditions Alphonse Leduc ont racheté en 1980 les Éditions Heugel et grâce à un travail patient et constant de réédition et de mise en valeur d’un patrimoine unique, des nombreuses œuvres lyriques qui ont fait la gloire de Heugel peuvent aujourd’hui retrouver le chemin de la scène.